Inde: les paysans vent debout contre la libéralisation du secteur agricole

Des dizaines de milliers de fermiers et de paysans manifestent depuis des semaines contre les lois de réforme agraire adoptées par le gouvernement fédéral de Delhi en septembre dernier. L’entrée d’entreprises privées sur le marché des transactions fait craindre aux agriculteurs une réduction drastique de leurs moyens de subsistance.

Vatican News

Le mouvement de colère des fermiers et agriculteurs indiens ne donne aucun signe de fléchissement. Depuis plus de deux semaines, des dizaines de milliers d’entre eux, venus principalement du Pendjab, se relaient pour camper aux portes de New Delhi; ils ne partiront que lorsque le gouvernement aura entendu leurs doléances et accepté de les recevoir. Mardi dernier, cheminots, routiers, enseignants, syndicats et plusieurs partis d’opposition les ont ralliés pour une journée de grève nationale.

Au cœur de cette contestation d’ampleur: une réforme agraire votée par le Parlement en septembre. En pratique, celle-ci permet aux agriculteurs de vendre leurs produits à un acheteur, au prix de leur choix, et non plus uniquement sur les marchés régulés par l’État avec des prix minimum fixés.

Le gouvernement fait donc le pari de la libéralisation du secteur agricole, en en facilitant l’accès aux entreprises privées, et la présente comme une opportunité d’enrichissement pour les agriculteurs. Mais ceux-ci ne voient pas les choses du même œil. Ils craignent au contraire la disparition à terme du marché public au profit des grands groupes de l’agro-business qui se retrouveraient alors libres d’imposer leur loi sur les prix.

L’éclairage de Frédéric Landy, professeur de géographie à l’Université Paris-X Nanterre, chercheur associé à l’Institut français de Pondichéry qu’il a d’ailleurs dirigé durant quatre ans. Entretien avec Frédéric Landy, professeur de géographie à Paris X

L’agriculture est un pivot de l’économie indienne; environ 70% de la population en dépend directement ou indirectement. Après la révolution verte des années 1960-1970, caractérisée par une hausse des rendements et une modernisation de l’agriculture, le secteur est aujourd’hui en crise. En 2018 déjà, des milliers d’agriculteurs avaient manifesté pour dénoncer les forts taux d’endettement et de suicides.

Cette crise constitue un défi de plus pour le gouvernement, alors que l’Inde est entrée officiellement en récession cette année, une première depuis son indépendance en 1947.

Source: https://www.vaticannews.va/fr/monde/news/2020-12/inde-paysans-vent-debout-reformes-agriculture.html

  • 863