Les paysans tiennent le siège de New Delhi

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Les paysans tiennent le siège de New Delhi

Inde • Le blocus a contraint le gouvernement à négocier une loi révélatrice de l’évolution du capitalisme indien. Les paysans continuent de rejeter les propositions d’amendement et demandent l’abrogation du texte.(Par Lina Sankari, Paru dans L’Humanité)

Publié le 18 décembre 2020 par la redaction dans la rubrique Non classé

C’est le retour du lathi, ce bâton brandi par la police et honni des manifestants. Il y a quelques jours, la photo d’un paramilitaire se préparant à frapper un vieil agriculteur dans le nord-ouest de Delhi a largement circulé et contribué à renforcer la colère contre le gouvernement de Narendra Modi. Le 8 décembre, les paysans appelaient ainsi à une nouvelle grève générale après celle, historique, des 26 et 27 novembre, au cours de laquelle 250 millions de personnes avaient convergé. Engagés depuis septembre contre la loi de libéralisation de la commercialisation des produits agricoles, qui les livrent à l’agrobusiness et ses spéculateurs, alors que les récoltes faisaient jusqu’alors l’objet de prix régulés sur les marchés régionaux, les paysans indiens continuent de bloquer les accès des différentes provinces à la capitale New Delhi.

Un lobbying législatif sans précédent

Un blocus qui a poussé l’exécutif a entamé cinq séries de pourparlers, pour l’heure dans l’impasse. «Nous leur avons assuré que les prix de soutien minimaux seraient préservés. Nous considérerons toutes leurs demandes et nous parviendrons à une solutio», assure Narendra Singh Tomar, le ministre de l’Agriculture.

Les paysans ont rejeté les propositions d’amendement et demandent l’abrogation pure et simple du texte. Le bras de fer actuel révèle également l’évolution du capitalisme indien. Dans de nombreux secteurs, deux ou trois géants se disputent désormais au moins 50% du marché et ont ainsi le pouvoir d’y faire la pluie et le beau temps. Le poids de ces grands champions nationaux leur permet d’exercer un lobbying législatif sans précédent.
600 millions d’Indiens dépendent de l’agriculture

La grève est soutenue par les cheminots, les routiers, les enseignants, l’ensemble des syndicats, à l’exception du Bharatiya Mazdoor Sangh, proche du pouvoir, et d’une quinzaine de partis. Si la part de l’agriculture dans le PIB s’établissait à 17% en 2016, le secteur demeure toutefois le premier employeur du pays avec 55% des actifs, soit 263 millions de travailleurs. Au total, 600 millions d’Indiens dépendraient directement ou indirectement de l’agriculture. Une population difficile à diviser au nom de la caste ou de la religion, comme le gouvernement a coutume de le faire. Cette fois, il prétend que le mouvement est animé par les séparatistes sikhs. Ils ne peuvent pas non plus être accusés d’atteinte à la sécurité nationale, comme ce fut le cas, l’an dernier, avec les opposants à la loi de citoyenneté. Et le slogan «Nous sommes des fermiers, pas des terroristes» d’être brandi sur les pancartes.

Source: https://www.gauchebdo.ch/2020/12/18/les-paysans-tiennent-le-siege-de-new-delhi/

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