Épisode 4 : Droits sociaux : les travailleuses en première ligne

Lundi 8 mars, des milliers d’indiennes se sont jointes à la colère des agriculteurs. Ce mouvement massif montre l’investissement des femmes dans la défense des terres. Depuis une trentaine d’années, le milieu agricole s’est considérablement féminisé, que signifie cette implication paysanne en Inde ?

Des femmes activistes crient des slogans pour la Journée internationale de la femme, elles manifestent contre les récentes réformes agricoles du gouvernement central, à Amritsar, le 8 mars 2021.
Des femmes activistes crient des slogans pour la Journée internationale de la femme, elles manifestent contre les récentes réformes agricoles du gouvernement central, à Amritsar, le 8 mars 2021.• Crédits : NARINDER NANU – AFP

Des milliers d’Indiennes sont descendues dans les rues, ce lundi 8 mars, profitant de la Journée internationale des droits des femmes pour se joindre aux agriculteurs en colère. Cette manifestation massive a permis de mettre en lumière une implication forte des femmes.

Depuis le début du mouvement, les femmes sont mobilisées pour en assurer la logistique, cuisinant pour nourrir ceux qui occupent toute la journée l’espace publique. Mais leur participation ne se limite pas à ce rôle. Performance, chants, slogans : les paysannes s’affichent, comme les paysans, pour défendre leurs terres. Et de fait, en dépit de l’organisation fortement patriarcale de l’Inde rurale, le secteur agricole s’est considérablement féminisé au cours des trente dernières années, face à l’exode des hommes vers la ville.

Quand ceux-ci quittent les campagnes à la recherche d’emplois journaliers, les femmes continuent à pratiquer une agriculture de subsistance pour nourrir leurs familles. Un rôle souvent non reconnu, mais qui s’est renforcé avec la crise du covid-19. Bergères, ouvrières agricoles ou fermières se mobilisent donc désormais, non pas contre une inégalité de genre, mais pour leur droit au travail et à la subsistance. Une lutte féminine qui pourrait aussi devenir féministe, si elle permet de changer le regard des hommes sur elles.

Cette implication des femmes dans la contestation paysanne constitue-t-elle un phénomène nouveau en Inde ? Dans quelle mesure sont-elles spécifiquement menacées par les réformes agraires de Narendra Modi ? Leur mobilisation dans les manifestations a-t-elle une chance de bousculer l’ordre patriarcal de l’Inde rurale ? Et qu’est-ce que la crise du covid a changé aux modèles d’organisation des familles rurales ?

Nos invités pour en parler sont Isabelle Guérin, directrice de recherche en socio-économie à l’IRD et au CESSMA et Floriane Bolazzi, chercheuse en socio-économie à l’Université de Milan-Bicocca. 

Dans le Taminadou, un des états les plus touchés par le covid au sud de l’Inde, le confinement a duré six mois. Cette période a valu une réorganisation complète de la vie économique locale. Les femmes, jusqu’ici dévalorisées, sont devenues des piliers de la famille, étant les seules à avoir des revenus. Isabelle Guérin

Chez les castes dominantes, les femmes sont soumises à toute une série de normes sociales, et le fait qu’elles se soient affranchies de celles-ci pour protester lance un signal. Bien que les protestations ne soient pas féministes en premier lieu, dans les imaginaires cela peut influencer l’éducation des filles. Floriane Bolazzi 

Seconde partie – le focus du jour

En Indonésie, les femmes en première ligne des mouvements ouvriers et paysans

Comme en Inde, les femmes sont en Indonésie très nombreuses à travailler la terre. Pratiquant une agriculture de subsistance, certaines ne se définissent même pas comme paysannes, se contentant de dire qu’elles nourrissent leurs familles.  

Mais lorsque leurs terres sont menacées par des projets industriels ou des réformes agraires, elles sont en première ligne pour les défendre. Un combat qu’elles mènent souvent main dans la main avec les associations féministes, mais également ouvrières, au sein desquelles les femmes sont aussi très présentes.

Une conversation avec Kassia Aleksic, doctorante en anthropologie au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA, Université de Paris).

Sous la dictature de Soeharto, entre1965 et 1998, il y a eu une grande répression des femmes dans l’espace public. Toute femme qui faisait partie d’un contexte hors sphère familiale était diffamée comme étant communiste. A partir de ce moment, dès qu’une femme fait partie d’une lutte et se montre dans l’espace public, il y a une dimension féministe car il y a un changement de normes sur ce qu’être une femme et le rôle d’une femme. Kassia Aleksic

Une émission préparée par Margaux Leridon. 

Source: Social rights: women workers on the front line – Ep. 4/4 – Women in struggle! (franceculture.fr)

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