Revirement inattendu du Premier ministre indien sur des lois agricoles controversées

"Pas de paysans, pas de nourriture, pas de futur" dit une pancarte d'un manifestants contre des réformes agraires en Inde, le 5 décembre 2020. [Sukhomoy Sen - AFP]
Le Premier ministre indien cède face aux mobilisations paysannes / Forum / 2 min. / aujourd’hui à 18:08

L’Inde va abroger trois lois de la réforme agricole après un an de manifestations massives d’agriculteurs en colère, a annoncé vendredi le Premier ministre Narendra Modi dans une surprenante volte-face.

“Nous allons entamer le processus constitutionnel d’abrogation de ces trois lois lors de la session parlementaire qui débute à la fin du mois”, a déclaré le Premier ministre indien dans une adresse à la nation.

Depuis fin 2020, des agriculteurs campent sur les routes aux portes de New Delhi, où un réseau de solidarité s’est mis en place, pour dénoncer ces nouvelles loi libérales. Ce mouvement de contestation constitue l’un des plus grands défis auxquels le pays a dû faire face depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014.

“Nouveau départ”

Ce dernier a ainsi appelé “tous les agriculteurs participant aux manifestations à rentrer chez eux, à retrouver leurs proches, leurs fermes et leur famille, en ce jour propice de Guru Purab”, date anniversaire du fondateur du sikhisme Guru Nanak. De nombreux agriculteurs protestataires appartiennent en effet à cette religion, minoritaire dans le pays.

“Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour les agriculteurs. […] Je veux vous assurer aujourd’hui de travailler plus dur afin que vos rêves puissent être réalisés, que les rêves du pays puissent être réalisés”, a promis le chef d’Etat. “Prenons un nouveau départ et allons de l’avant”, a-t-il ajouté.

Crainte d’une libéralisation délétère

Les réformes agricoles libérales, votées en septembre 2020, autorisaient les agriculteurs à vendre leurs productions aux acheteurs de leur choix, plutôt que de se tourner exclusivement vers les marchés contrôlés par l’État, qui leur assure un prix de soutien minimal pour certaines denrées.

Mais de nombreux petits exploitants s’y sont opposés depuis novembre 2020, s’estimant menacés par cette libéralisation qui risquait de les obliger à brader leurs marchandises aux grandes entreprises.

Le poids du secteur agricole est considérable en Inde, assurant la subsistance de près de 70% de ses 1,3 milliard d’habitants, et contribuant à environ 15% du PIB.

Méfiance dans les rangs des contestataires

Le revirement inattendu survient avant d’importantes élections dans plusieurs États, notamment l’Etat très agricole du Pendjab et l’Uttar Pradesh, le plus peuplé de l’Inde avec 220 millions d’habitants.

Amarinder Singh, ancien ministre en chef du parti d’opposition Congrès de l’État du Pendjab, a aussitôt salué l’annonce de Modi la qualifiant d'”excellente nouvelle”. “Je suis sûr que le gouvernement central continuera à travailler en concertation pour le développement de Kisani (agriculture)”, a-t-il réagi sur Twitter.

Mais dans les campements d’agriculteurs à la frontière de Delhi et de l’Haryana, la méfiance reste pourtant de mise. “Nous ne lui faisons pas confiance. Tant qu’il ne l’aura pas transposé par écrit, nous ne partirons pas”, a déclaré l’un d’entre eux à l’AFP. “S’il tient parole, nous serons heureux”, a-t-il ajouté.

Source: https://www.rts.ch/info/monde/12654315-revirement-inattendu-du-premier-ministre-indien-sur-des-lois-agricoles-controversees.html

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