En Inde, les rassemblements interdits au lendemain de heurts meurtriers

Neuf personnes sont mortes dans le nord du pays dimanche. La police a depuis prohibé les rassemblements, arrêté des figures de l’opposition, coupé les services Internet et déployé des forces supplémentaires.

Des manifestations organisées par les partis d’opposition ont également eu lieu à New Delhi et à Bangalore.
Des manifestations organisées par les partis d’opposition ont également eu lieu à New Delhi et à Bangalore. SAJJAD HUSSAIN / AFP

Les réformes agricoles du gouvernement Modi continuent de susciter la colère des agriculteurs en Inde. Au lendemain de heurts dans une manifestation ayant fait au moins neuf morts dans le nord du pays – incident le plus meurtrier depuis le début de la fronde des agriculteurs du nord de l’Inde –, les tensions demeuraient vives lundi 4 octobre. La police a interdit les rassemblements, coupé les services Internet et déployés des forces supplémentaires après que les corps de quatre agriculteurs, morts dans des circonstances controversées au passage d’un convoi ministériel la veille, ont été exhibés dans des vitrines autour du site de la manifestation.

Des agriculteurs s’étaient rassemblés la veille pour protester dans le district de Lakhimpur Kheri, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, où le ministre des affaires intérieures, Ajay Mishra, et le vice-ministre de l’Etat, Keshav Prasad Maurya, étaient attendus. Des heurts se sont alors produits autour des véhicules du convoi ministériel.

Selon des agriculteurs, une voiture du convoi, dans laquelle se serait trouvé le fils d’Ajay Mishra, a écrasé et tué quatre manifestants. L’incident a décuplé la colère des agriculteurs qui s’en sont pris aux voitures du convoi qu’ils ont incendiées. Au moins cinq autres personnes ont été tuées dans ces violences, dont quatre partisans du Bharatiya Janata Party (BJP), parti à la tête de l’Uttar Pradesh, Etat le plus peuplé de l’Inde, et du premier ministre, Narendra Modi.

Ajay Mishra a démenti les allégations des agriculteurs, déclarant qu’un conducteur avait perdu le contrôle de son véhicule après avoir reçu des projectiles lancés par des manifestants. Cet incident est le plus meurtrier depuis le début de la fronde des agriculteurs du nord de l’Inde contre les réformes agricoles du gouvernement.

Arrestation de plusieurs personnalités de l’opposition

La police a arrêté lundi plusieurs personnalités de l’opposition qui se rendaient sur les lieux, dont Priyanka Gandhi, leader du parti du Congrès. Dans la capitale de l’Etat de l’Uttar Pradesh, Lucknow, des dizaines de policiers ont arrêté le chef du Congrès local, Akhilesh Yadav, devant son domicile. Des dizaines de partisans de l’opposition ont organisé une manifestation dans la ville et ont mis le feu à au moins un véhicule de police, selon des images télévisées. Des manifestations organisées par les partis d’opposition ont également eu lieu à New Delhi et à Bangalore.

Les agriculteurs réclament le retrait de trois lois votées par le Parlement en septembre 2020 libéralisant la vente des produits agricoles, jusque-là ordonnée autour des marchés régulés, les mandis, avec des prix minimaux garantis par l’Etat. Désormais les paysans pourront négocier directement avec un acheteur, sans prix fixe. Ils craignent d’être écrasés par la grande distribution et de s’appauvrir encore plus.

Depuis la fin de novembre, les agriculteurs s’opposent à cette libéralisation du marché et bloquent les routes menant à New Delhi, constituant l’un des plus grands défis auxquels fait face le gouvernement Modi depuis son arrivée au pouvoir, en 2014. Le poids du secteur agricole est considérable en Inde, assurant la subsistance de près de 70 % du 1,3 milliard d’habitants, et contribuant à environ 15 % du PIB. Les paysans représentent près de la moitié de la population indienne. Chaque Indien a dans sa famille un fermier.

Source: En Inde, les rassemblements interdits au lendemain de heurts meurtriers (lemonde.fr)

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